Patrimoine classé
Immeuble dans lequel avait été aménagé la chambre à gaz du camp : classement par décret du 7 août 1951 - En totalité, l'ensemble du périmètre de l'ancien KL représenté par une zone jaune sur le plan annexé à l'arrêté et comprenant notamment : pour le camp-bas : l'hôtel du Struthof, son annexe comprenant la chambre à gaz, le chemin des déportés, la dalle de l'ancien crématoire mobile ; pour le camp-haut : la double enceinte intérieure, la totalité de l'ancienne enceinte extérieure incluant toutes les terrasses ayant porté des baraques jusqu'à la RD 130, la Kartoffelkeller, la villa Ehret, le Ravin de la Mort, les blocks encore en place, la sablière, le chemin des Déportés ; pour la carrière : l'ensemble du périmètre aménagé par les déportés, les vestiges des constructions existantes à l'ouest, les galeries creusées dans la roche à l'est ; pour les accès et circulation : tous les chemins terrassés par les déportés ; pour les équipements techniques : le château d'eau et le transformateur électrique (cad. 07 2 à 6, 7A, 7B 7C, 7D, 8 à 11, 12a, 12b, 13 à 20 ; 08 6 ; 09 1 à 5, 65) : classement par arrêté du 3 novembre 2011
Personnages clés
| August Hirt - Anatomiste nazi |
Responsable des gazages pour sa collection. |
| Josef Kramer - Commandant du camp (1942-1944) |
Surnommé « la Bête de Belsen ». |
| Friedrich Hartjenstein - Dernier commandant (1944-1945) |
Organisateur de l’évacuation mortelle. |
| Eugen Haagen - Bactériologiste |
Expériences sur le typhus. |
| Charles de Gaulle - Président de la République |
Inaugure le Mémorial en 1960. |
| Bertrand Monnet - Architecte en chef |
Conçoit le Mémorial national. |
Origine et histoire du Camp de concentration du Struthof
Le KL Natzweiler-Struthof est un camp de concentration nazi implanté en 1941 sur le mont Louise, près du village alsacien de Natzwiller (germanisé en Natzweiler). Son établissement résulte de la découverte d’un filon de granit rose par les autorités allemandes, exploité ensuite par des déportés sous le régime du travail forcé. Le camp, officiellement ouvert le 1er mai 1941, devient un lieu central de la déportation en Europe occidentale, avec environ 50 000 prisonniers enregistrés entre 1941 et 1945, représentant 32 nationalités. Il est le seul camp de concentration nazi situé en France.
Dès 1942, Natzweiler sert de lieu d’exécution pour les condamnés à mort par les tribunaux nazis d’Alsace-Moselle et du Bade-Wurtemberg. Il abrite également des expériences médicales menées par des professeurs de l’université du Reich de Strasbourg, comme August Hirt (anatomiste), Otto Bickenbach (virologue) et Eugen Haagen (bactériologiste). Ces expériences incluent des tests sur le gaz moutarde, le phosgène, et des assassinats par gazage pour constituer une collection anatomique de 86 squelettes juifs. Une chambre à gaz, aménagée en 1942, y est utilisée à ces fins.
Le camp principal est évacué en septembre 1944 devant l’avancée alliée, mais ses 70 camps annexes (dont certains en Allemagne) continuent de fonctionner jusqu’en 1945. On estime à 17 000 morts le bilan humain du complexe concentrationnaire. Libéré par les Américains le 25 novembre 1944, il est le premier camp découvert par les Alliés à l’Ouest. Après-guerre, le site devient un mémorial national (inauguré en 1960) et un haut lieu de la mémoire, classé monument historique et protégé par l’État.
Parmi les déportés figurent des résistants célèbres comme le général Aubert Frère, des agents du SOE (dont quatre femmes exécutées en 1944), et des détenus « Nuit et Brouillard » (NN), soumis à un régime d’isolement extrême. Les conditions de détention – malnutrition, travaux forcés, sévices – causent la mort de milliers de déportés. Le camp est aussi marqué par des exécutions massives, comme celle de 106 résistants du réseau Alliance en septembre 1944.
Après 1945, le Struthof est transformé en centre pénitentiaire pour collaborateurs, puis en mémorial avec un musée (inauguré en 1965, reconstruit après un incendie criminel en 1976). En 2005, le Centre européen du résistant déporté y est ouvert. Le site, classé Haut lieu de la mémoire nationale en 2014, fait l’objet de fouilles archéologiques et de restaurations depuis 2018.
Les procès d’après-guerre (1946-1955) condamnent plusieurs responsables SS, dont Josef Kramer (pendu en 1945) et Friedrich Hartjenstein (mort avant son exécution). Les médecins Otto Bickenbach et Eugen Haagen, auteurs d’expériences sur les déportés, sont condamnés à 20 ans de travaux forcés. Le camp reste un symbole des crimes nazis en France et de la résistance européenne.